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Voix du Tchad....Pour mieux comprendre, laissons-leur la parole

 

 

AissaVictime de la sécheresse, voici le témoignagne d’Aïssa, un agriculteur qui tente par tous les moyens de subvenir aux besoins de sa famille

 

Je m’appelle Aïssa Mahamat, je suis agriculteur. Je cultive le mil pour ma famille. Un de mes fils me donne un coup de main. J’ai un grand champ dans les dunes. J’ai tout semé cette année. Au début, ça a poussé puis après, les oiseaux et les criquets ont tout mangé puis les plants ont séché à cause de la sécheresse. Je n’ai eu aucune récolte, même pas un sac.

 

ACF: L’agriculture est votre moyen de subsistance. Quand la sécheresse frappe, que cela signifie-t-il pour vous et votre famille?

 

Pour s’en sortir, il faut essayer de multiplier les activités : élevage, agriculture dunaire, agriculture maraichère, petit commerce, etc. Tout le monde est dans la même situation ici, mais certains n’ont pas la chance d’avoir quelques animaux. Même s’il y a de la solidarité dans le village, on est tous dans la même situation. De plus en plus de personnes contractent des dettes ou empruntent de la nourriture à d’autres. Nous sommes dans une situation catastrophique. Je demande aux ONG de nous aider avec des distributions de nourriture, de bétail pour les gens qui n’ont pas d’animaux et d’aliments pour le bétail pour ceux qui en ont.

 

ACF : Une situation d’urgence a été declarée. À quand la dernière fois qu’une sécheresse et des pénuries d’eau potable ont-elles mené à une crise similaire?

 

Il y a deux ans il y avait déjà eu une sécheresse. Mais à cette époque, moi, je travaillais en Libye, donc je pouvais envoyer de l’argent à ma famille. Cette année, comme je ne peux plus travailler en Libye, c’est très difficile.

 

ACF: Attendez-vous une diminution des cultures à cause de la sécheresse et croyez-vous que cela aura un impact sur les prix des marchés?

 

Je n’ai eu aucune récolte cette année, je garde juste ma petite production maraichère mais qui est insuffisante pour vivre. Tout a augmenté depuis quelques mois : le petit sac de mil coûte aujourd’hui 800 FCFA contre 500 FCFA habituellement. C’est pareil pour le maïs, le petit sac est passé de 400 à 700 FCFA. Ces petits sacs contiennent de quoi nourrir ma famille pour une seule journée. Le grand sac de céréales pour le bétail coûtait 13 500 FCFA, maintenant il coûte 22 500 FCFA.

 

ACF: Que faites-vous pour vous adapter aux effets de la sécheresse?

 

Les céréales, c’est le plus important. S’il n’y a pas de céréales, la situation devient catastrophique. Depuis la fin des récoltes en octobre dernier, j’essaie de me débrouiller : j’ai également une petite parcelle dans un ouaddi (oasis) : j’y cultive des oignons, et quelques légumes que nous vendons au marché de Mao à deux jours de marche d’ici. J’ai également une vingtaine de bêtes : j’ai déjà dû en vendre sept pour faire face aux derniers mois. Le bétail non plus ne va pas bien : je suis obligé d’acheter des aliments pour eux vu qu’il n’y a pas de pâturage. Les femelles ne produisent plus de lait et « avortent » : elles sont trop faibles pour porter des petits. Il faut que j’arrête de vendre mon bétail sinon bientôt je n’aurai plus rien du tout. Alors, je cherche des pâturages et j’essaie de vendre ma petite production maraichère.

 

ACF : Quelles autres options envisagez-vous si la récolte est un désastre et mène à d’autres pénuries dans le futur?

 

Il n’y a pas de solution miracle : s’il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’eau. Nous comptons sur Dieu et sur les ONG. Peut-être un jour je repartirai pour la Libye, mais là en ce moment ce n’est pas possible: c’est trop dangereux, ils poursuivent les Tchadiens. Peut-être que je partirai ailleurs. Mais pour aller où ? J’aimerais sinon pouvoir créer un poulailler : il n’y a pas de poules ici et au marché c’est très cher. Pour les œufs et la viande, ce serait bien. Mais il faut le matériel pour construire l’enclot et acheter quelques poules. Pour l’instant je n’ai pas les moyens.

 

ACF : Comment pouvez-vous développer un mécanisme d’adaptation aux sécheresses futures?

 

Le système de banque de céréales mis en place dans le village est un bon système, même si en ce moment c’est très dur de ne pas vendre le stock. ACF nous a aidé à construire le bâtiment, a aidé le comité de gestion de la banque et nous a donné 65 sacs de mil comme mise de départ. Beaucoup de gens du village ont adhéré à la banque. Le but, c’est de revendre le stock quand les prix seront au plus haut pour dégager un bénéfice et avoir de quoi renouveler le stock – qui sert de dépannage ici comme nous sommes très loin des marchés.




AichaIl n’y a pas que les hommes qui sont affectés par la sécheresse. Les femmes travaillent également très dur, en plus de devoir subvenir aux besoins de leur famille. Achita nous donne un bon aperçu de ce que vivent des milliers de femmes dépourvues de support et de protection.

 

Je m’appelle Achita Moussa, j’ai cinq enfants. Mon mari n’est pas là : il est parti travailler plus au sud du pays comme marchand ambulant. Du coup, je suis seule ici pour m’occuper de la famille et du champ. Je cultive une parcelle de mil. Mes deux enfants plus grands m’aident à cultiver ou dans différents travaux de la maison. Mais on n’est pas assez nombreux pour les travaux des champs : je ne peux cultiver qu’une partie de la parcelle. Je n’ai pas assez de force et de temps pour le reste.

 

ACF : L’agriculture est votre moyen de subsistance. Quand la sécheresse frappe, que cela signifie-t-il pour vous et votre famille?

 

Normalement, je cultive du mil et grâce aux transferts d’argent que m’envoie mon mari, je peux compléter en achetant de quoi faire une sauce pour accompagner le mil. Là, on n’a pas eu de récolte : ce qui a été planté n’a rien donné. Ce que nous donnent nos maris n’est pas suffisant pour faire face à toutes les dépenses. Mais on n’a pas le choix. On contracte des petites dettes auprès des commerçants ou des voisins. Le problème aussi c’est que les ouaddis autour du village ne sont pas exploitables donc on ne peut compter que sur le mil… et les transferts. Les gens du village qui ont des troupeaux sont partis vers le sud pour trouver de l’eau et des pâturages. Du coup, on n’a plus de lait ni de beurre dans le village. Il ne reste que des femmes, des vieux et des jeunes ici ! Nous ne sommes pas bien nourris ici, alors comment pourrait-on bien nourrir nos enfants ? Le problème quand il y a la sécheresse : c’est la faim. Là nous sommes une douzaine de femmes sur la natte : deux ont des enfants dans le programme nutritionnel d’ACF.

 

ACF : Une situation d’urgence a été declarée. À quand la dernière fois qu’une sécheresse et des pénuries d’eau potable ont-elles mené à une crise similaire?

 

Chaque année, c’est le même problème par rapport aux cultures. Notre problème principal, c’est le manque de céréales. C’est pour ça que nos maris partent travailler ailleurs. Dès qu’un jeune a plus de 18 ans, il part chercher du travail ailleurs. Moi aussi j’aimerais partir.

 

ACF : Attendez-vous une diminution des cultures à cause de la sécheresse et croyez-vous que cela aura un impact sur les prix des marchés?

 

Je n’ai rien récolté cette année. Il n’y a rien ici à Waga, donc si on n’a pas de stock, c’est très cher et difficile de s’en procurer. On ne trouve plus de céréales sur certains marchés et les prix ont beaucoup augmenté. Il y a normalement un marchand en chameau qui passe une fois par semaine dans le village pour vendre de la nourriture mais c’est très cher et aléatoire : le grand sac de mil est à 32 000 FCFA (près de 50€).

 

ACf : Que faites-vous pour vous adapter aux effets de la sécheresse?

 

Tous les hommes de plus de 18 ans quittent le village pour trouver du travail ailleurs et on survit grâce à l’argent qu’ils nous envoient. Certains sont à N’Djamena, d’autres au sud du pays, au Cameroun, en Centrafrique. Moi, mon mari est dans le centre du pays où il est commerçant. Ça fait deux ans qu’il n’est pas revenu au village. Il m’envoie 5000 FCFA (7.5€) par semaine. Cette année, du fait de l’absence de récolte, il essaie de temps en temps de faire passer un sac de mil, vu que c’est moins cher là où il est. Mais c’est assez rare car il faut trouver les moyens de le transporter jusqu’ici. Ça ne couvre pas les besoins alimentaires de toute la famille. Du coup, on ne mange pas assez et toujours la même chose : la boule de mil (i.e. farine de mil mélangée à de l’eau et cuite en boule). On n’a pas toujours assez d’argent pour la sauce alors c’est très sec. On contracte des dettes auprès des commerçants ou des voisins. Tout le monde ici a des dettes.

 

ACF : Quelles autres options avez-vous si la récolte est un désastre et mène à d’autres pénuries dans le futur?

 

Je n’ai pas le choix. C’est comme ça ici.

 

ACF : Comment pouvez-vous développer un mécanisme de résilience aux sécheresses futures?

 

J’aimerais monter un petit commerce avec un stock afin de pouvoir approvisionner mon village et les villages alentours. Mais je n’ai pas assez d’argent pour ça.

 


 

MahamatL’absence de travailleurs locaux affecte durement l’économie du village de Waga. Comme le témoigne Mahamat, les solutions s’épuisent au rythme des récoltes.

 

Je m’appelle Mahamat et je suis le chef du village de Waga. Les gens ici récoltent surtout le mil et font un peu d’élevage. Cette année, les plus chanceux ont cultivé un mois de stock de récolte car la pluviométrie était très mauvaise. Il n’y a pas de système magique : si il n’y a pas d’eau, il n’y a pas de récolte.

 

Beaucoup de personnes du village partent vers N’Djamena ou ailleurs pour chercher du travail. En ce moment, les éleveurs sont partis loin d’ici pour trouver des pâturages. Il n’y a plus de grands troupeaux ici. Certains partent avec toute leur famille. S’il y a des enfants âgés, ils peuvent garder le troupeau. Mais le plus souvent, les femmes et les plus jeunes restent au village.

 

On s’approvisionne sur des marchés aux alentours mais c’est aléatoire : parfois il y a des céréales, mais parfois il n’y a rien. Le village est très isolé. C’est grâce aux transferts monétaires, à la vente de bétail et au travail journalier que nous survivons. Le gouvernement a organisé une vente subventionnée de céréales il y a un mois. Mais les céréales sont restées dans les grandes villes ou ont bénéficié aux fonctionnaires : elles n’ont pas atteint les petits villages comme Waga où nous sommes.

 

Le nombre d’enfants touchés par la malnutrition a augmenté dernièrement dans le village. C’est difficile de trouver des solutions. Il y a beaucoup de sécheresses ici et ça devient de plus en plus fréquent et dur. Mais où peut-on aller ? Est-ce que l’autre région sera mieux ? Quand tu vas ailleurs, souvent tu as des problèmes. Ici, c’est notre région, notre terre : c’est ici qu’on est accepté.

 

La question des points d’eau et des pâturages, c’est très compliqué : il y a des conflits parfois par rapport à ça. Il n’y a pas longtemps, des Kanembou (habitants du Kanem) sont partis vers Keral mais ils n’ont pas eu le droit de toucher aux pâturages et aux points d’eau. Il y a eu beaucoup de tensions.

 

Les gens se plaignent peu ici mais ils décapitalisent peu à peu et on voit des gens qui partent. Il n’y a pas d’autres moyens en ce moment que les transferts d’argent. Il y a une rupture, une crise, on le sait, on le voit, on doit le supporter. On n’a pas de solutions sur comment améliorer la situation.

 

Les personnes jeunes et dynamiques doivent émigrer pour trouver des sources de revenus. Il reste peu d’hommes dans le village. Le village est aujourd’hui peuplé de femmes et d’enfants : il y a une trentaine d’hommes pour plus de 300 femmes et enfants.

 

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Épidémie choléra en Haïti

A ce jour, l’épidémie de choléra apparue en octobre 2010 en Haïti a déjà affecté 645 000 personnes, soit plus de 6% de la population, et enregistré 8028 décès selon l’OMS. Pour 2013, les projections de l’organisation s’élèvent à 120 000 cas, soit l’équivalent du nombre de cas de l’année 2012. D’après l’étude de l’équipe du professeur Renaud Piarroux, Haiti concentre plus de la moitié du nombre de cas de choléra dans le monde et environs 1/3 des décès en 2012.

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